Ad Honorem Immaculatae Conceptionis Mariae

Ad honorem Immaculatae Conceptionis Mariae Via paschalis marianorum Par la mort vers la vie de la Congrégation des Pères Mariens

1 AD HONOREM IMMACULATAE CONCEPTIONIS MARIAE Via paschalis marianorum À travers la mort vers la vie de la Congrégation des Pères Mariens

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3 AD HONOREM IMMACULATAE CONCEPTIONIS MARIAE Via paschalis marianorum À travers la mort vers la vie de la Congrégation des Pères Mariens Sous la direction du Kazimierza Peka MIC Wojciecha Skóry MIC Curie Générale de la Congrégation des Pères Mariens Rome 2021 Varsovie 2021 PROM I C

4 Curie Générale de la Congrégation des Pères Mariens Rome 2020 PROMIC Varsovie 2020 Traduction du polonais : Colette Courtoy – Anna Paderewska-Gryza Conception de la couverture : Hanna Woźnica-Gierlasińska Lecteur-correcteur : Père Habumuremyi Emmanuel MIC Illustration de la couverture : Crucifix de la fin du XVIIe siècle dans le sanctuaire de Saint Stanislas Papczyński à Góra Kalwaria – Marianki IVe page de couverture Logo du 350e anniversaire de la Congrégation des Pères Mariens Mise en page numérique et rédaction technique Eliza Wiśniewska

5 TABLE DES MATIÈRES Andrzej PakuŁa MIC Avant-propos . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7 WOJCIECH SKÓRA MIC Janvier 2022: Vie du Père Fondateur – sauvé de la mort. 11 WOJCIECH SKÓRA MIC Février 2022: Vocation du Fondateur – douleurs de la naissance dans l’Esprit Saint. 21 JACEK RYGIELSKI MIC Mars 2022: Le Père Kazimierz Wyszyński Pâque de la foi – arrêté sur le chemin de sa piété. 29 TOMASZ NOWACZEK MIC Avril 2022: Pâque portugaise . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35 TOMASZ NOWACZEK MIC Mai 2022: Père Wincenty Sękowski – chemin de foi avec Jésus Pascal. 44 TOMASZ NOWACZEK MIC Juin 2022: Mission du Rénovateur – vers la vision divine . 51 KAZIMIERZ PEK MIC Juillet 2022: Vie du bienheureux Jerzy Matulaitis – force de Dieu dans l’épreuve de la souffrance. 59 KRZYSZTOF ZIAJA MIC Août 2022: Harbin – Traces mariennes en Asie (1928 - 1948) De la foi à la mort avec l’espoir de fruits bénis dans le futur. 66 JAN SERGIUSZ GAJEK MIC Septembre 2022 : Le père Krzysztof Maria Szwernicki et son chemin pascal . 79

6 ALIAKSANDR SHAMRYTSKI MIC Octobre 2022 : Martyrs de Rosica – mûrissement dans la communion avec le Bon Pasteur. 85 MACIEJ ZACHARA MIC Novembre 2022: Martyrs du régime communiste – par amour du Christ et de l’Église . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90 PAWEŁ NAUMOWICZ MIC Décembre 2022 : Kairos de la béatification et de la canonisation : La Pâque de la Congrégation vers son identité charismatique . . . . . 97

7 Avant-propos Via paschalis marianorum, avec comme sous-titre À travers la mort vers la vie de la Congrégation des Pères Mariens, est le livre suivant préparé dans le cadre de la série jubilaire Ad honorem Immaculatae Conceptionis Mariae Les deux ouvrages précédents contenaient des réflexions théologico-historiques au sujet de questions essentielles concernant la Congrégation des Pères Mariens Ils abordaient des questions telles que le charisme fondateur de saint Stanislas de Jésus et Marie Papczyński, des éléments essentiels du charisme de la communauté qu’il a fondée, l’acte Oblatio du père Stanislas en tant qu’événement fondateur, la formule de consécration de l’Oblatio, etc En revanche, les textes de méditations contenus dans ce livre abordent une réflexion d’un point de vue légèrement différent Il s’agit d’une tentative de faire ressortir quelques événements à caractère pascal parmi les 350 années de l’histoire de la Congrégation des Pères Mariens Évidemment, le choix des thèmes présentés ici n’épuise pas la richesse de l’histoire de la communauté religieuse fondée par le père Stanislas, et n’élimine pas d’autres événements à caractère pascal D’un côté, il s’agit plutôt d’une expression de retenue des rédacteurs (le choix des douze sujets est lié au caractère des réflexions – il s’agit des conférences pour les douze jours de récollection, pour chaque mois de l’année 2022), d’autre part, cela forme un tableau des situations les plus marquantes et, en fait, généralement connues ; on leur donne ici uniquement une interprétation pascale Le choix de la clé pascale pour interpréter les événements de l’histoire de la Congrégation des Pères Mariens, dans l’intention des éditeurs, est lié au besoin de christianiser l’histoire et au désir de la voir dans la lumière de la foi Selon eux, on pourrait, certes qualifier ces événements de «crise» et une telle approche serait également correcte C’est ce que l’on dit couramment aujourd’hui, même dans le langage ecclésiastique Cependant, «Pâque» n’est pas seulement le terme plus approprié, mais il rend également mieux l’expérience de foi de personnes individuelles à qui sont consacrés ces textes, mais aussi de la communauté même des Pères Mariens

8 Les questions traitées dans ce livre présentent l’histoire du salut : individuelle ainsi que communautaire, à savoir l’histoire de la Congrégation des Pères Mariens, et dans une perspective plus large, l’histoire de l’Église Adopter le paradigme pascal situe immédiatement les faits comme le lieu de la présence et de l’action de Dieu En bref, le mot «crise», qui aujourd’hui a de nombreuses significations, notamment philosophiques, psychologiques, religieuses, économiques, etc , rend généralement la situation objective de l’objet décrit, démontrant des signes de détérioration temporaire de la situation existant jusqu’alors Cela ne se réfère cependant pas directement ni à la cause de cet état ni à son but ; mais cela exige plutôt une analyse distincte de la situation Le mot «pâque», en revanche, introduit immédiatement un contexte religieux : d’abord par rapport à la Pâque de l’Ancien Testament, où il signifie le plus généralement «transition» et inclut les événements liés à l’exode d’Égypte (cf Ex 12,12-14 27), ensuite dans le contexte de la chrétienté, où occupent une place centrale l’œuvre salvifique de Jésus-Christ (le mystère pascal) et son «passage» de la mort à la vie par la résurrection L’approche pascale des biographies de personnes et événements choisis dans l’histoire de la Congrégation des Pères Mariens, portant le sous-titre À trvers la mort à la vie..., dépasse une simple présentation historiographique des faits En réalité, cela devient pour le lecteur l›annonce du kérygme : que Dieu est capable de faire sortir la vie de la mort, comme il l’a fait en la Personne de Jésus ; que la mort n›a pas le dernier mot dans l’histoire personnelle et collective du salut ; que l›expérience de Jésus pascal, grâce à la foi et l’union avec Lui dans l’Esprit Saint, peut être partagée par l’homme en tout temps et en tout lieu En sont la preuve les histoires présentées dans ce livre de personnes individuelles, membres de la Congrégation des Pères Mariens De plus, elles sont également l’expression de la lutte dans le combat spirituel pour la foi pascale Pour certains, ce sera l’espoir que, oublié dans les profondeurs de la Sibérie, le labeur de leur service sacerdotal portera des fruits connus uniquement de Dieu et des personnes à qui ils ont apporté de l’aide (K Szwernicki), ou que leur sacrifice portera des fruits au moment voulu, qui leur est inconnu (S Papczyński, K Wyszyński, Matulewicz), pour d’autres cela signifiera «l’espérance contre l’espérance»,

9 que Dieu ne permettra pas que Son œuvre meure (W Sękowski), et d’autres encore, unis à la mort du Christ, feront l’expérience de leur propre mort afin de ressusciter en Lui et avec Lui (mission de Harbin, pâque portugaise, martyrs du régime communiste, martyrs de Rosica) En recommandant ce livre, je remercie sincèrement les rédacteurs pour leur approche originale des questions et les auteurs pour l’effort des recherches effectuées Il ne fait aucun doute que ce livre élargira les horizons de connaissance des lecteurs – et, je le crois, également les horizons de leur foi Andrzej Pakuła MIC Supérieur général Rome, 5 novembre 2021 Commémoration de tous les défunts de la Congrégation des Pères Mariens

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11 Wojciech Skóra MIC Sulejówek, Pologne Janvier 2022 Vie du Père Fondateur – sauvé de la mort Bible : Psaume 40,2-10 D’un grand espoir j’espérais le Seigneur : Il s’est penché vers moi pour entendre mon cri Il m’a tiré de l’horreur du gouffre, de la vase et de la boue ; Il m’a fait reprendre pied sur le roc, Il a raffermi mes pas Dans ma bouche Il a mis un chant nouveau, une louange à notre Dieu Beaucoup d’hommes verront, ils craindront, ils auront foi dans le Seigneur Heureux est l’homme qui met sa foi dans le Seigneur Et ne va pas du côté des violents, dans le parti des traîtres Tu as fait pour nous tant de choses, Toi, Seigneur mon Dieu ! Tant de projets et de merveilles : non, Tu n’as point d’égal ! Je les dis, je les redis encore ; mais leur nombre est trop grand ! Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, Tu as ouvert mes oreilles ; Tu ne demandais ni holocauste ni victime, Alors j’ai dit : « Voici, je viens ; Dans le livre, est écrit pour moi ce que Tu veux que je fasse Mon Dieu, voilà ce que j’aime : Ta loi me tient aux entrailles » J’annonce la justice dans la grande assemblée ; Vois, je ne retiens pas mes lèvres, Seigneur, Tu le sais

12 Source : Vita Fundatoris 16-17 Ainsi donc, Stanislas, avec son compatriote et parent déjàmentionné, est arrivé en bonne santé, durant une forte pluie, dans la ville de Lwów, à près de cent kilomètres de leur région natale Lwów était considérée comme ville vivier d’éminents scientifiques et réputée comme amie particulière de la charité Cependant, Dieu, omnipotent et prévoyant tout l’avenir avait décidé de parfaire et d’éprouver Stanislas dans tous ses chemins, avait décidé d’y éprouver Son élu comme l’or dans le feu Il a permis que le préfet n’accepte pas les garçons se présentant à l’école, car ils n’avaient aucune recommandation, et aussi parce que, bien que ne leur manque pas un grand désir d’apprendre, ils ne connaissaient pas encore grand-chose C’est ainsi que, après avoir quitté leur terre natale et connu de nombreux désagréments au cours du voyage, ils n’ont pas atteint là leur but, à savoir continuer leurs études Ne connaissant personne parmi les étrangers, et errant ici et là, ils ont épuisé l’argent reçu de leurs parents Son parent, son cousin germain, est resté peu de temps à Lwów, car il avait été engagé pour instruire les enfants d’un enseignant d’une ville voisine Quant à Stanislas, il est resté chez un habitant de la ville, également pour instruire ses fils Ainsi, bien qu’il n’ait pas été admis au collège par manque de connaissances, il a été, par la prévoyance et la grâce de Dieu très miséricordieux, accepté par deux citadins de Lwów pour apprendre la lecture à leurs deux fils Chez un d’eux, il avait une nourriture suffisante, chez l’autre une chambre avec un lit confortable J’en viens maintenant à sa croix, dont j’ai parlé un peu plus tôt Ainsi, alors qu’il n’était encore qu’un jeune garçon, Stanislas s’est très bien occupé des élèves qui lui étaient confiés, et leur a appris de manière compétente les éléments essentiels pour leur âge, et brillant par l’exemple, la modestie et d’autres vertus, il était cordialement accueilli par ces citadins et voisins Dieu a permis qu’une forte fièvre le touche d’abord, qui a duré près de 3 mois, et lorsqu’elle l’a quitté, ou a plutôt été vaincue par les soins de la mère de famille et les médicaments utilisés, une gale terrible a couvert tout son corps au point qu’il a été privé de son logement à cause du dégoût suscité

13 Ainsi, survivant à peine, errant ici et là dans les rues de la ville et dans les villages, priant pour que quelqu’un lui donne une main secourable, il a été accueilli par miséricorde dans un refuge Il avait donc une sorte de lit Cependant, au bout d’une semaine ou deux, lorsque la gale s’est encore plus répandue, il a également été éjecté de ce refuge Est arrivé un hiver très rigoureux, avec de la neige et de fortes gelées, et il est resté jour et nuit, dans cette terre étrangère, sous un ciel nu et glacé Ainsi, gravement malade et affaibli, abandonné par tous, il n’avait aucun soutien et aucune aide sinon celle de Dieu Lorsqu’il était en détresse, il pouvait uniquement crier vers Lui, n’ayant que ses lèvres libres de toute maladie, levant les yeux vers le ciel et gémissant en soupirant pour que vienne de là le secours Et pour qu’il ne meure pas complètement, Dieu miséricordieux l’a aidé Il lui a donné un compagnon inconnu, qui l’emmenait chaque jour hors de la ville pour loger dans une meule de foin Ils s’y rendaient sciemment en cachette à la tombée de la nuit, craignant que le propriétaire ne les prive également de ce maigre refuge Pour ne pas mourir de faim, lui et son compagnon donné par Dieu allaient de porte en porte, chantant et mendiant ainsi une aumône Ce que je vais maintenant relater est étonnant Le soir même de la Vigile de Noël, la maladie s’est encore aggravée C’est pourquoi Stanislas ne pouvait pas même se rendre à l’église pour entendre la Sainte Messe, mais il est resté couché dans le foin durant presque toute l’octave de Noël Sa seule consolation était le souvenir de son Sauveur, qui, venant au monde pour notre rédemption, était couché dans le foin et pas dans une auberge Lorsque, à cause de sa faiblesse, il n’a même plus pu faire un pas, une modeste portion de nourriture lui a été fournie par le compagnon étranger Dieu le meilleur le lui a donné alors en tant que nourricier et père Après Noël, lorsqu’il s’est senti plus fort, il s’est rendu en ville Un jour, tard dans la soirée, revenant vers son ancien abri, à savoir le foin, il était tellement faible qu’il n’a pas pu marcher plus loin Il est entré en secret dans une maison appartenant à un habitant très pieux, un charpentier nommé Snopek, et, bien caché dans un coin de la maison, il y a passé la nuit Tôt le matin, la mère de famille et la servante l’ont vu, surprises, mais Dieu a enflammé de piété leur

14 cœur, de sorte que, émues par la miséricorde, elles lui ont permis de se reposer là Entre-temps, la maladie s’est attaquée de façon inattendue à ses jambes, qui se sont complètement couvertes d’ulcères et pour lesquels il n’y avait aucun remède De plus, la maladie s’aggravait tellement de jour en jour qu’il semblait pourrir vivant Pour cette raison, il aurait déjà pu être éjecté de son refuge pour de ne pas contaminer les autres Dieu a cependant déversé une telle force de charité et de miséricorde dans le cœur des habitants de la maison qu’ils ne l’ont pas exécré, mais l’ont plutôt pris en pitié, avec compassion et larmes, et ont souffert de son sort C’est ainsi que Dieu le plus gracieux et miséricordieux, l’a instruit et préparé, dans la patience et la souffrance, alors qu’il n’était encore qu’un jeune homme, pour en faire le fondateur d’un ordre qui devait porter secours à ceux qui souffrent au purgatoire Dieu voulait que Stanislas, d’abord lui-même éprouvé en tout, entraîné et affligé, apprenne à compatir et souffrir avec les âmes dans leurs graves tourments, et à avoir pour elles un amour encore plus grand, parce que lui-même a souffert et a éprouvé de la compassion, comme on le verra plus tard Méditation Le chemin de vie de saint Stanislas de Jésus et Marie Papczyński est marqué par diverses formes de souffrance Cette dimension clairement passionnelle de son pèlerinage terrestre – grâce à son ouverture à l’amour de Dieu – prend une forme pascale, un passage vers une vie nouvelle Nous nous pencherons sur cette expérience par la lecture des textes du père Papczyński ainsi que des événements décrits par ses biographes L’expérience du mal semble contredire radicalement la bonté et l’amour de Dieu Le novice piariste, Stanislas Papczyński, se mesure déjà à la problématique du mal moral et physique dans les plus anciens écrits conservés, appelés Secreta conscientiae Après avoir terminé ses études philosophiques, il choisit le chemin de la vocation religieuse et effectue une rétrospective de sa vie passée, marquée par les épreuves,

15 la souffrance et le péché À la lumière de la foi, il découvre le sens de ses expériences et habille de prière les fruits de sa réflexion : Sois béni pour les siècles, Seigneur, et accorde, qu’après tant de mauvaises actions, je puisse accomplir le bien dans ma vocation, où je découvre en effet que, par moi-même, je ne suis capable d’aucun bien. Quant à toi, qui lis ceci, ne t’étonne pas que cela soit présenté par moi, car j’ai considéré qu’il était indigne de cacher les bienfaits de Dieu, et je voulais t’encourager à louer l’omnipotence de Dieu et Sa sollicitude pour nous. Que Lui appartiennent la gloire, l’honneur et la louange pour les siècles. Amen (SC, p 1407-08) L’auteur découvre que le pécheur est accompagné de Dieu bon et omnipotent, mais que s’il parvient à faire quelque chose de bien, cela ne peut finalement être attribué qu’à Dieu seul Cette vision quelque peu pessimiste de la condition humaine, à laquelle s’identifie le novice Stanislas, peut résulter de deux raisons : il fait un effort conscient pour s’humilier et régler ses comptes avec sa vie passée en tant que laïc, ou bien, à la lumière de l’Esprit Saint, il reçoit la capacité de percevoir les motifs de ses décisions et actions, par quoi il découvre leur insignifiance et leur imperfection Écrivant au sujet de son incapacité à faire le bien, ressentie subjectivement dans le contexte des effets objectivement bienheureux de ses actions (accomplissement des études, découverte de sa vocation religieuse, maintien de sa foi), le jeune Stanislas Papczyński ne peut les attribuer qu’à Dieu même uniquement Ainsi, le péché résultant d’une nature affaiblie, et non de décisions intentionnelles, ne constitue pas un obstacle pour Dieu, qui utilise l’homme pour son salut et pour les autres La deuxième sorte de mal, auquel s’affronte saint Stanislas, ce sont les échecs de la vie et l’expérience de l’humiliation qui en résulte : Je remercie donc Dieu d’avoir, par Sa volonté, été alors obligé par mes Parents à garder le troupeau, parce que (j’ose le déclarer avec une conscience tranquille) en restant dans les pâturages au milieu du troupeau, j’ai conservé une conscience pure et sainte ! Mon Seigneur ! Je T’en prie humblement, que cette Providence de Ta Majesté - ce que j’attends pour l’avenir et ce que je crois - me conduise jusqu’à la fin de la vie, afin que Tu sois glorifié dans toutes mes actions, mes pensées et mes paroles. Amen (SC, p. 1408) Papczyński ayant abandonné encore une fois l’école en raison d’un «découragement singulier», son père a décidé de l’envoyer s’occu-

16 per du troupeau de moutons Jusqu’à ce moment-là, ses bons résultats scolaires et son entrée dans l’enseignement secondaire avaient suscité la fierté de l’élève et de ses parents, ainsi que le respect et l’estime de son entourage Le retour à la maison contre la volonté de ses parents a peutêtre provoqué leur déception légitime et une décision plus méchante que pédagogique au sujet de l’avenir de leur fils Douze ans après l’événement, il considère la décision elle-même et ses conséquences comme une expérience bénie de la Providence Divine Bien qu’humilié aux yeux de ses compatriotes, éprouvant lui-même des troubles intérieurs et de l’anxiété, il a finalement connu un profond apaisement de son âme, et le fruit le plus important est une conscience propre et sainte Papczyński considère comme le plus grand bien la préservation du péché, c’est-àdire le maintien d’une relation vivante avec Dieu, qui conduit l’homme à atteindre la perfection, se servant toutefois des moyens qui peuvent être considérés au moment donné comme douloureux et pénibles De ces deux textes jaillit la lumière pascale et le fruit d’une véritable metanoïa L’expérience de la faiblesse personnelle et des événements désagréables donne naissance au témoignage du mal vaincu par la puissance de Dieu Bien qu’il n’y ait, dans ces textes, aucune référence à la Pâque du Christ, nous en percevons les fruits Le chemin pascal de la foi de saint Stanislas Papczyński se révèle dans la découverte de sa vocation de vie Ayant la perspective d’une carrière administrative, peut-être à la cour des magnats, ou même à la cour royale, ce jeune homme instruit choisit la voie de la vocation religieuse Sa décision, certainement difficile à accepter pour sa famille, ne devient compréhensible que dans la perspective du don de l’Esprit Saint, et donc dans la perspective de la grâce En 1675, il écrit à propos de sa vocation religieuse : Beaucoup savent que j’étais dans la Congrégation des Ecoles Pies, la plus chère à mes yeux, dans la Compagnie des Pauvres de Notre-Dame. Il m’est très difficile d’expliquer combien j’ai apprécié ma vocation, suscitée par Dieu seul (a Deo provectam). Il la considère comme un passage de ce monde vers le domaine de la vie de Dieu, un choix vers ce qu’il appelle paradis terrestre et havre de salut Dans les méditations prononcées aux Piaristes à Góra Kalwaria, il souligne que chaque vocation à l’état religieux a été suscitée par l’Esprit Saint : Et toi, grâce à l’Esprit Saint, tu as reçu un don et une lumière tellement grands !

17 Cette affirmation est le point de départ de l’interprétation eschatologique de la vocation religieuse comme un havre où on se protège de la très dangereuse mer du monde, où on évite les grandes tempêtes et orages impossibles à surmonter (IC 983) L’Esprit Saint conduit un chrétien vers ce havre : Toi aussi, tu as quitté ta ville natale pour ce havre que le doigt de l’Esprit Saint t’a indiqué par ta vocation religieuse Les Secreta conscientiae susmentionnées, considérées aujourd’hui comme perdues, contenaient également des relations de nombreuses interventions miraculeuses de la Providence Divine dans la vie de Stanislas Papczyński Leur résumé se trouve dans Vita Fundatoris, écrite par le père Kazimierz Wyszyński sur base de sa lecture des notes du Fondateur ainsi que des relations des témoins oculaires de sa vie, ou de ceux ayant eu des contacts avec eux Ce récit nous apprend, entre autres, l’intervention extraordinaire de Dieu lorsqu’il a été sauvé dès avant sa naissance Alors que sa mère Zofia, revenant du marché de Sącz, traversait la rivière Dunajec dans une petite embarcation, une tempête soudaine a fait s’accumuler les vagues de la rivière, ce qui menaçait réellement leurs deux vies Zofia a uniquement pu appeler le ciel à l’aide, et le bateau s’est retrouvé immédiatement sur la rive de manière inexplicable Adolescent, il se rend à Lwów pour y poursuivre ses études Il n’est pas accepté au gymnase des Jésuites et travaille comme précepteur pour des fils de la bourgeoisie de Lwów Durant l’automne 1636, il tombe gravement malade et doit quitter la maison de ses employeurs Affaibli par une forte fièvre, sans abri, sans moyens de subsistance, et loin de sa famille, il est resté pendant des semaines dans un grand abandon Dans cet état de réel danger pour sa vie, apparaît un étranger qui entoure le jeune homme d’une attention désintéressée Stanislas interprétera cette expérience à travers le prisme de l’histoire biblique du jeune Tobias accompagné par l’archange Raphaël Bien des années plus tard, dans le Cénacle du Góra Kalwaria, il lui a fondé un autel où, en priant ou en célébrant l’Eucharistie, il a obtenu pour la grâce de guérison de nombreuses personnes, voire du retour à la vie Le calvaire de Lwów a été une étape extrêmement importante dans la formation de la personnalité, de la foi et de la vocation marienne de Stanislas Papczyński Kazimierz Wyszyński écrit : C’est ainsi que le Dieu le plus gracieux et miséricordieux a instruit et préparé le très jeune garçon à de-

18 venir Fondateur de l’Institut pour porter assistance à ceux qui souffrent au purgatoire. Par la patience et la douleur, Il a préparé le futur fondateur de cette assistance, afin qu’étant lui-même soumis à la souffrance et à l’épreuve, il apprenne à compatir avec les âmes dans leurs tourments extrêmement difficiles (VF 17) Dans la perspective de l’histoire du salut, Saint Stanislas lit un autre événement de l’époque de sa jeunesse, qu’il décrit dans son Second Testament (1699) Tout cela s’est passé à Varsovie en 1655 ou 1656, au début de sa vocation piariste Il se souvient : Je quitte cette vie terrestre dans la foi catholique romaine, pour laquelle j’étais prêt à verser mon sang lors de la guerre de Suède, lorsque, revenant de la Vieille Ville avec un compagnon, près de l’église des Pères dominicains j’ai été attaqué par un soldat hérétique qui avait sorti son épée. Alors que mon compagnon s’enfuyait (bien qu’il fût allemand), moi, m’agenouillant, j’ai tendu le cou pour être décapité, mais grâce à la Providence Divine, je n’ai eu aucune blessure, bien que j’aie été fortement touché trois fois ; j’ai cependant ressenti une grande douleur durant près d’une heure et demie (Testament II, p 1494) La fait d’avoir sa vie sauve après des coups aussi sévères, reste dans le cœur du père Papczyński une des expériences les plus claires de la protection de Dieu L’exactitude de la description – près d’un demi-siècle après l’événement – rappelle les témoignages bibliques des personnes touchées par la force de l’amour de Dieu, qui gardent en mémoire les détails les plus infimes, tel l’appel de Jean l’Apôtre (cf Jn 1, 27-34) ou la rencontre de Saul avec le Seigneur ressuscité près de Damas (Ac 26) Le zèle juvénile et imprudent du novice sera exposé, avec le temps, à des épreuves considérables et à une véritable nuit obscure Malgré cela, il n›abandonnera jamais le chemin de sa vocation Dieu, qui lui a révélé Sa toute-puissance, prévoyait un autre type de martyre pour le futur fondateur de l›Ordre de l›Immaculée Conception de Marie Il se souvient avec douleur de ses dernières années dans l›ordre piariste : Beaucoup savent que j’étais dans la Congrégation des Ecoles Pies, la plus chère à mes yeux, dans la Compagnie des Pauvres de Notre-Dame... De plus, je suis resté dans ce cercle le plus très saint, lié non seulement par des liens d’amour, mais aussi par le serment solennel d’y rester pour toujours. Je voulais que ce premier soit indissoluble, quant au second, il a été délié par celui à qui le pouvoir de lier et de délier a été délégué, le

19 Vicaire du Très Saint Jésus-Christ et successeur légitime de Saint Pierre, le Pape Clément X. on y est donc arrivé, ah ! Par quel chemin de croix ! De plus, j’étais tourmenté et presque torturé par de grandes complexités, angoisses, peurs, doutes, scrupules. Car qui aurait une conscience tellement relâchée pour passer, sans ceux-ci, de l’état de vœux [religieux], même simples, vers un état purement laïc ? (FDR, pp 1456-57) C’est en unité avec le Sauveur souffrant qu’il vit les souffrances subies de la part de ses confrères et sa lutte intérieure pour la fidélité à la volonté de Dieu C’est à cette époque que naissent deux recueils de sermons sur la passion, et dans le texte d’Oblatio, préparé en priant, on trouve dans la première phrase une invocation qui est le fondement de sa foi et le motif de son service pour Dieu : Au nom de notre Seigneur Jésus-Christ Crucifié. Amen (Oblatio, p 1422) Il se réfère à Celui qui, jusqu’au bout, a fait confiance au Père, qui a parfaitement accompli Sa volonté, qui s’est offert en holocauste pour le salut du monde Au moment peutêtre le plus important de la vie de saint Stanislas Papczyński, le Christ devient sa Pâque Des années plus tard, dans son commentaire des récits évangéliques de la résurrection, il L’appellera Redivivus La source de l’adjectif redivivus (réutilisé, revenant, rafraîchi, apte à l’usage, rené et ressuscité) est le nom redivivum (ancien matériau de construction pris pour être de nouveau utilisé) Grâce à sa fidélité au Crucifié, saint Stanislas fera de nombreuses fois l’expérience du passage des ténèbres vers la lumière, de la mort à la vie, devenant lui-même redivivivus – une pierre rejetée, mais finalement tellement utile pour le Royaume de Dieu Questions 1 Quels sont les événements de ma vie que je considère comme participant à la passion, la mort et la résurrection du Christ ? Puis-je dire aujourd’hui que mon parcours de vie et de foi est un parcours pascal ? 2 Quelle expérience de souffrance a-t-elle été ou est-elle la plus douloureuse pour moi ? Dans quelle mesure la présence du péché estelle pour moi une expérience de rejet, de solitude et uniquement de chagrin envers Dieu, les gens et moi-même ? Est-ce que je parviens

20 à vivre mon péché en présence de Dieu aimant, qui me cherche toujours et m’attend ? 3 Ma vocation religieuse est liée à une expérience de la communauté : Dans quelle mesure est-ce un chemin de joie, et dans quelle mesure un chemin de tristesse et de difficultés ? Ai-je le sentiment de faire partie de cette communauté, ou peut-être d’en être exclu ? À qui et que dois-je pardonner, si je ne l’ai pas encore fait ? À qui et pour quoi devrais-je demander pardon ?

21 Wojciech Skóra MIC Lublin, Pologne Février 2022 Vocation du Fondateur – douleurs de la naissance dans l’Esprit Saint Act 15,36-16,10 Quelque temps après, Paul dit à Barnabé : « Retournons donc visiter les frères en chacune des villes où nous avons annoncé la parole du Seigneur, pour voir où ils en sont » Barnabé voulait emmener aussi Jean appelé Marc Mais Paul n’était pas d’avis d’emmener cet homme, qui les avait quittés à partir de la Pamphylie et ne les avait plus accompagnés dans leur tâche L’exaspération devint telle qu’ils se séparèrent l’un de l’autre Barnabé emmena Marc et s’embarqua pour Chypre Paul, lui, choisit pour compagnon Silas et s’en alla, remis par les frères à la grâce du Seigneur Il traversait la Syrie et la Cilicie, en affermissant les Églises Il arriva ensuite à Derbé, puis à Lystres Il y avait là un disciple nommé Timothée ; sa mère était une Juive devenue croyante, mais son père était Grec À Lystres et à Iconium, les frères lui rendaient un bon témoignage Paul désirait l’emmener ; il le prit avec lui et le fit circoncire à cause des Juifs de la région, car ils savaient tous que son père était Grec Dans les villes où Paul et ses compagnons passaient, ils transmettaient les décisions prises par les Apôtres et les Anciens de Jérusalem, pour qu’elles entrent en vigueur Les Églises s’affermissaient dans la foi et le nombre de leurs membres augmentait chaque jour Paul et ses compagnons traversèrent la Phrygie et le pays des Galates, car le Saint-Esprit les avait empêchés de dire la Parole dans la province d’Asie Arrivés en Mysie, ils essayèrent d’atteindre la Bithynie, mais l’Esprit de Jésus s’y opposa Ils longèrent alors la Mysie et descendirent jusqu’à Troas Pendant la nuit, Paul eut une vision : un Macédonien lui apparut, debout,

22 qui lui faisait cette demande : « Passe en Macédoine et viens à notre secours » À la suite de cette vision de Paul, nous avons aussitôt cherché à partir pour la Macédoine, car nous en avons déduit que Dieu nous appelait à y porter la Bonne Nouvelle Source : Second testament, 1699-1701 Année du Seigneur 1701 Le 10 avril, je confirme tout ce que j’ai écrit ci-dessus, bien que notre petite Congrégation soit déjà un Ordre avec des vœux Solennels, selon la Règle d’imitation des Dix Vertus de la Sainte Vierge Marie J’accepte cette règle très humblement et je veux, selon cette règle, renouveler ma profession solennelle ; mais je me réserve une meilleure disposition au sujet des Maisons, si je suis encore en vie Si donc le Père Joachim devait être à nouveau confirmé en tant que Coadjuteur par l’accord des Pères, je l’oblige alors, sous peine du terrible Jugement de Dieu, de ne rien changer ni à l’habit ni au nom de l’Ordre, et de ne pas oser détruire impieusement le culte de la Très Sainte Vierge Marie, à la Majesté que nous rendons, bien qu’indignes, en récitant tout l’Office de l’Immaculée Conception et tout le Chapelet Cela concerne aussi l’introduction de l’usage de l’alcool, qu’il doit considérer comme interdit pour lui-même et pour tous, car cette boisson, grâce à la secrète charité de Dieu, est quelque chose d’étranger à Notre Communauté Bien que je puisse difficilement signer avec ma main gravement malade, [je le fais] avec un esprit aussi sain que possible et dominé par Dieu Stanislas de Jésus Marie, indigne Préposé de l’Ordre de l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge Marie Méditation Nous l’avons vu dans la réflexion précédente, l’histoire de la vie de saint Stanislas Papczyński est une série de maladies, accidents, échecs,

23 malentendus et humiliations Sa mission de Fondateur de la Congrégation des Pères Mariens est marquée, dans une non moindre mesure, par le mystère de la Croix La lecture des écrits qui nous sont restés, et surtout Fundatio domus recollectionis, nous permet de nous rendre compte du chemin qu’il a parcouru avec l’Église depuis la première impulsion de l’Esprit Saint, qui lui a inspiré la fondation de la Société de l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge Marie, jusqu’à sa forme définitive que la Congrégation a prise juste avant sa mort La première bataille qu’il a dû mener était avec lui-même, mesurant sa faiblesse face à la grandeur du don qui semblait le dépasser entièrement Dans la perspective des quelques années d’existence de la petite communauté religieuse (ermitage), saint Stanislas décrit ses débuts dans le petit ouvrage Fundatio domus recollectionis Les premières phrases introduisent dans le caractère extraordinaire de ce fait étant donné la condition de l’acteur principal Le père Papczyński avoue franchement : C’est apparu de la manière la plus évidente en moi, le pécheur le plus misérable et le plus digne de mépris, l’outil le plus insignifiant, le plus inapte [utilisé par Dieu] pour fonder la Congrégation des Prêtres de la Très Sainte Vierge Marie conçue sans Péché Originel, la dernière dans le rang et la plus petite. Il y avait en moi un esprit inadapté, aucune vertu, une très petite sagesse, tout beaucoup trop petit, [approprié] à rêver plutôt qu’à entreprendre un tel effort (FDR 1455) Quiconque penserait donc que l’existence de la Congrégation postrema et minima est le mérite du zèle, de l’habileté ou de l’expérience du père Papczyński, est immédiatement corrigé Convaincu du caractère surnaturel des événements passés et présents liés à la fondation de l’Ordre, le Fondateur se nomme instrumentum entre les mains du Tout-Puissant Plus tard, dans son ouvrage Inspectio cordis, il remarque que les Apôtres, sur les épaules desquels Jésus avait posé le sort de l’évangélisation du monde, ont dû traverser une expérience semblable Il souligne que leur personnalité et leur pauvreté interne indique clairement la majesté de l’Auteur principal De la manière qui lui est typique, saint Stanislas tire de ce fait d’importantes implications ascétiques : Toi, apprends à juger les gens non pas selon leur origine, mais par leurs vertus ; ne les juge pas par la manière dont ils prêchent la Parole de Dieu, mais par le travail qu’ils entreprennent et réalisent. Et enfin, conscient de ta propre vanité

24 (vilitas) et méchanceté, remercie Dieu parce que, omettant d’autres personnes meilleures, Il t’a appelé à l’état religieux, comme dans le cercle des apôtres... (IC, p 941) Le père Papczyński ne s’identifie pas aux apôtres en tant que fondateur d’une nouvelle communauté religieuse, mais il le fait en relation avec sa vocation à l’état religieux, qu’il considère comme la plus grande grâce de Dieu – après la filiation baptismale C’est pour cette raison que, ayant obtenu la dispense des vœux simples dans l’ordre piariste, il prononce immédiatement ce que l’on appelle Oblatio Voici la relation de cet événement : [...] Cette majesté Divine m’a suggéré, immédiatement avant ma libération, de, lorsque je serais libéré [de ces vœux], dans le même acte, m’engager volontairement envers Dieu par autres vœux, ce que j’ai fait en m’offrant [moi-même], de tout cœur, publiquement, quoique exprimé à voix basse [...] Et ce père, qui m’a accordé ma libération au nom du Général, a confirmé [cette offrande] par un cri : Que Dieu renforce ce qu’Il a fait en toi ! (FDR, p 1455) À partir de ce moment, et durant plus de deux ans, saint Stanislas vivra sans communauté religieuse, ce qui ne fera qu›intensifier son désir de cet état de vie Le charisme qui l›a poussé à fonder une nouvelle congrégation est liée au désir de continuer à suivre la voie des conseils évangéliques Cette période de solitude, d›attente et d›épreuve, il la termine par une conclusion rhétorique : En vérité, Il a renforcé, rapportant cela au dessein de la Providence Divine Il est tellement convaincu du rôle primordial de Dieu dans le processus de fondation de l’Ordre des Pères Mariens, que dans son testament, il fait la remarque suivante, renonçant en quelque sorte au titre de fondateur : En tant que supérieur indigne de cette petite Congrégation, je la recommande très pieusement à mon Seigneur Jésus-Christ, et à la Très Sainte Vierge Marie Sa Mère La plus Élue, véritables et uniques Fondateurs, Directeurs, Protecteurs et Patrons de cette petite Congrégation de l’Immaculée Conception, Auxiliatrice des défunts (PZ, p 1496) La deuxième dimension pascale du Fondateur est sa participation à l’histoire dramatique de la formation de la communauté et la nécessité de vérifier continuellement la vision originale selon les événements, les nouvelles inspirations et décisions des supérieurs de l’Eglise L’histoire de la fondation du nouvel ordre et de son approbation peut constituer un locus theologicus particulier pour l’examen des voies d’action

25 de Dieu, qui, après tout, est libre de choisir les moyens de réaliser ses desseins En réfléchissant aux débuts de l’Ordre, le Fondateur des Pères Mariens fait remarquer trois aspects de l’action divine : Dieu est Auteur du plan et Exécutant de l’œuvre, en utilisant de pauvres moyens, et par Sa toute-puissance, Il écarte toutes les circonstances les plus défavorables Papczyński rappelle : Malgré d’innombrables difficultés faisant obstacle, la bonté et la sagesse de Dieu commence et réalise ce qu’elle veut, même si les moyens, selon le jugement humain, sont insuffisants pour cela. Car rien n’est impossible au Tout-Puissant (FDR, p 1455) La dernière phrase est l’écho implicite de la profession évangélique de l’Archange Gabriel dans la scène de l’Annonciation (cf Lc 1,27) ainsi que de la conclusion de Jésus dans Son enseignement au sujet du célibat pour le Royaume de Dieu (Mt 19,10-12) Dans les cas mentionnés, la toute-puissance de Dieu se révèle d’abord dans le contexte de l’incapacité humaine liée à la prière fidèle et fervente (stérilité d’Elisabeth) On peut également la percevoir dans le mystère du charisme évangélique de la virginité, qu’il n’est pas donné à tous d’accepter et de sonder Le père Papczyński suit les deux chemins : l’expérience de sa propre faiblesse et la compréhension des plans mystérieux de Dieu L’Ordre de l’Immaculée Conception aurait pu être fondé dès le début de l’année 1671 dans le diocèse de Cracovie Il a fallu cependant plus de deux ans pour que la vision spirituelle présente dans l’âme du saint s’incarne dans le diocèse de Poznań, et sous forme érémitique, ce qui différait radicalement du modèle décrit dans les Norma vitae Cela n’empêche pas le Fondateur de reconnaître la présence inattendue de l’évêque Jacek Święcicki dans l’ermitage de Korabiew et sa décision d’accorder les statuts de l’ermitage à la petite communauté comme la manifestation de la protection de Dieu Il se souvient : L’aide céleste n’a pas manqué à mon entreprise. Comme la Majesté Divine m’avait envoyé l’intermédiaire nécessaire – je le dis – un homme digne, pieux, sage, l’évêque Stanislas Jacek Święcicki, évêque de Spigaceń, archidiacre et officiel de Varsovie, à qui l’évêque de Poznań avait ordonné de visiter son archidiaconat ainsi que les ermites qu’il y trouverait (FDR, p 1465) Il faudra encore quelques années pour que l’idée initiale de la Congrégation dédiée à la propagation du culte à l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge Marie s’étende à l’apostolat des défunts demeurant

26 au Purgatoire (sans doute à la suite d’au moins trois visions des âmes du purgatoire reçues par le père Papczyński) ; et qu’elle reçoive l’approbation canonique selon le droit épiscopal en 1679 Les premières étapes du développement de l’Ordre sont très étroitement liées au contexte de l’Église et aux décisions des Ordinaires de Cracovie et de Poznań Malgré sa sympathie et son souci évidents pour Stanislas Papczyński, le premier évêque a refusé de soutenir son projet, tandis que le second lui a ouvert les portes de son diocèse, mais a attendu jusqu’à neuf ans avant de l’approuver officiellement Nous n’avons pas d’accès direct à la conception originale de la communauté, formulé dans la première version de la Règle de vie C’est Oblatio qui reste fondamental pour notre réflexion sur la vision écrite dans l’âme du Fondateur Il y exprime son désir de fonder la Société de l’Immaculée Conception et de s’offrir entièrement comme religieux au service de l’Église Le nom même de Societas suggère qu’il pense à une communauté apostolique, dédiée à l’œuvre d’évangélisation et de sanctification du peuple de Dieu, probablement sa partie la plus pauvre et la plus négligée Lorsque, par décret de l’évêque Jacek Święcicki, la vision originelle prend la forme d’un ermitage à Puszcza Korabiewska, dont le couvent conservera un tel caractère jusqu’à la mort du fondateur, saint Stanislas accepte humblement la décision de l’Église comme volonté de Dieu pour ce moment En quelque sorte comme une récompense de cet acte d’obéissance, une seconde maison religieuse des Pères Mariens est établie à Góra Kalwaria (alors Nouvelle Jérusalem) L’évêque Stefan Wierzbowski, Ordinaire de Poznań, autorise les Mariens à entreprendre certaines activités apostoliques Ils empreignent surtout la vision charismatique du fondateur envers pèlerins venant au sanctuaire de la Nouvelle Jérusalem Lorsque ce qui avait été déposé par le Saint-Esprit dans le cœur de saint Stanislas commence, au moins à un certain degré à se réaliser, survient une nouvelle crise, surtout après la mort de Mgr Wierzbowski Une nouvelle vague d’accusations et de calomnies s’abat sur la Congrégation, contestant le droit à l’existence d’un institut à vœux simples Le nouveau pasteur du diocèse donne malheureusement foi à ces accusations et dissout presque l’Ordre Cela a ébranlé la vocation de la majorité des membres, et le Fondateur lui-même a plongé dans le doute quant à la justesse

27 de son entreprise Il s’est alors tourné vers le Supérieur Général des Piaristes, lui demandant conseil : continuer la nouvelle voie religieuse ou revenir à l’Ordre des Ecoles Pies ? Cette troisième demande du père Papczyński, adressée à son ancien Ordre, montre combien la mission de fonder l’Ordre de l’Immaculée Conception était emplie de ténèbres spirituelles et d’adversités extérieures pour le père Papczyński, combien il était douloureux de porter la responsabilité de cette œuvre naissante Seule la conviction que Dieu le voulait et l’obéissance à ses guides spirituels lui ont permis d’aller de l’avant Gravement malade et affaibli par la sévérité de sa vie, il a tenté, en 1690, d’obtenir l’approbation du pape Dans ce but, il s’est rendu personnellement à Rome à pied C’est peut-être dans ce pèlerinage dramatique et difficile, qui a eu lieu en automne et en hiver, c’est-à-dire une saison extrêmement défavorable, que se révèle le plus clairement le grand amour du Père Fondateur pour sa communauté religieuse À Rome, il est malheureusement arrivé au moment de la mort du pape Alexandre VII Ayant constaté que le Saint-Siège n’était pas enclin à approuver de nouveaux ordres religieux avec leur propre règle (bien que quelques exceptions soient connues), il a cherché un soutien dans l’Ordre des franciscains observants, qui se chargerait du souci spirituel de l’Ordre des pères Mariens Parmi les règles religieuses approuvées existantes, la règle de l’Ordre des Moniales de l’Immaculée Conception de Très Sainte Vierge Marie (dites Conceptionnistes) lui a semblé la plus proche en raison de son nom et de sa spiritualité mariale Il ne restait plus qu’à obtenir l’approbation du pape, mais la mauvaise santé du père Stanislas ne lui a pas permis de rester à Rome jusqu’à l’élection du nouveau Saint-Père Il est retourné sans rien dans son pays L’école de la confiance en l’Esprit Saint est liée à une attitude d’écoute et d’obéissance qui est toute-puissante, qui surmonte toutes les difficultés, et ce qu’elle a entrepris une fois, elle le mènera toujours à sa fin (IC 684) L’unité de Dieu tout-puissant et de l’homme obéissant conduit à la forme des œuvres voulue par le Créateur, et reconnue progressivement par l’homme Mûrissant dans une attitude d’obéissance religieuse, saint Stanislas Papczyński atteint la capacité d’entendre les inspirations de Dieu et de se soumettre à Lui, comme malgré lui Cela lui permet non seulement d’entreprendre une tâche humainement impossible, mais

28 aussi de corriger continuellement l’idée de l’Ordre, dont il rêvait, grâce aux signes des temps reçus de Dieu La forme finale de l’Ordo Immaculatae Conceptionis Mariae, apparue au cours de l’approbation papale de 1699, semblait différer considérablement de la vision initiale du Fondateur Dans sa vaste biographie de Stanislas Papczyński, le père T Rogalewski exprime deux opinions divergentes sur la réaction du Fondateur à propos de l’approbation obtenue Suivant Positio, il indique qu’il n’était pas entièrement satisfait de l’accomplissement par le père Joachim Kozłowski de la mission qu’il lui avait confiée, lorsqu’il a pris connaissance du contenu des documents qu’il avait apportés avec lui Ailleurs, sans mentionner de source, il écrit son immense joie pour la grande grâce d’avoir reçu La Règle des Dix Vertus comme règle de vie pour les Mariens La plus grande déception a peut-être été liée au fait de la non-reconnaissance par le Siège Apostolique de Norma vitae, corrigée à plusieurs reprises, en tant que Constitution de l’Ordre Prononçant ses vœux solennels quelques mois avant sa mort, Papczyński était conscient que la fin de sa mission fondatrice était déterminée par la Providence Divine Dans son testament, il écrira avec conviction : À chacun de mes frères et compagnons, présents et futurs, j›assigne pour toujours la plus merveilleuse des fondations : La Providence du Dieu le Plus Gracieux (œuvres complètes, p 1499). Questions 1 Parmi les inspirations apparues dans mon esprit et mon cœur aujourd’hui, quelles sont celles que je considère comme venant du Saint-Esprit ? Par contre, qu’est-ce qui s’est avéré être seulement mon imagination ? 2 À quoi ressemble le discernement de ma vocation pour le Royaume de Dieu, avec l›Église et dans l›Église ? Comment est-ce que je réagis aux situations de «collision» de ma vision avec le diagnostic des supérieurs et des frères de la communauté ? 3 Pour quelle(s) œuvre(s) de l’Église est-ce que je me sens particulièrement responsable ? Pourquoi est-ce que je la considère comme si importante ?

29 Jacek Rygielski MIC Londres, Angleterre Mars 2022 Le Père Kazimierz Wyszyński. Pâque de la foi - arrêté sur le chemin de sa piété Si 44,1-2 ;7-15 Faisons l’éloge de ces hommes glorieux qui sont nos ancêtres Le Seigneur a créé la gloire à profusion ; Il manifeste sa grandeur depuis toujours Tous ceux-là ont connu la gloire en leur temps et, de leur vivant, ils ont été à l’honneur Il y en a, parmi eux, qui ont laissé un nom ; ainsi peut-on faire leur éloge Il y en a d’autres dont le souvenir s’est perdu ; ils sont morts, et c’est comme s’ils n’avaient jamais existé, c’est comme s’ils n’étaient jamais nés, et de même leurs enfants après eux Il n’en est pas ainsi des hommes de miséricorde, leurs œuvres de justice n’ont pas été oubliées Avec leur postérité se maintiendra le bel héritage que sont leurs descendants Leur postérité a persévéré dans les lois de l’Alliance, leurs enfants y sont restés fidèles grâce à eux Leur descendance subsistera toujours, jamais leur gloire ne sera effacée Leurs corps ont été ensevelis dans la paix, et leur nom reste vivant pour toutes les générations Les peuples raconteront leur sagesse, l’assemblée proclamera leurs louanges Source : Lettre circulaire du 23 décembre 1737 Frère Kazimierz Wyszyński, Supérieur Général et Serviteur de l’Ordre de l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge Marie de la Congrégation Polonaise des Pères Mariens

30 Voici que le Tout-Puissant, dont le propre est de relever du fumier le pauvre, afin de le planter parmi les princes, par les voix de tous les membres du Chapitre, m’a appelé du désert pour entreprendre la tâche pastorale de préparer le chemin de votre salut C’est par l’inspiration du Saint-Esprit qu’Il a amené Vos cœurs à se soumettre à la volonté de Dieu Je dois donc assumer la charge de supérieur dans notre Congrégation, afin d’être en quelque sorte la voix de celui qui crie dans le désert pour redresser les voies de Dieu Aussi, par cette lettre, je me déclare prêt à accomplir mon devoir de service envers Vous Par les profondeurs de la miséricorde de Dieu, je vous implore donc paternellement, afin que nous soyons prêts, purs et justes pour la venue de Jésus-Christ, notre Juge Je vous recommande cordialement l’observance d’une discipline religieuse totale, la soumission à vos supérieurs, l’amour fraternel, et l’accomplissement des décrets passés et présents du Chapitre Souvenez-vous aussi de moi, pécheur, dans vos pieuses prières, afin que je puisse remplir convenablement et correctement le devoir qui m’est imposé Restez dans le Seigneur ! Donné au couvent de Skórzec le 23 décembre 1737 Frère Kazimierz Wyszyński, Supérieur Général Méditation Suivre le Christ et le lien avec Lui font que chaque homme choisit le chemin de sa Pâque personnelle, qui se fait dans une communauté concrète, et surtout, dans la communauté de l’Église La Pâque n’est pas seulement un passage simple et libre d’un point ou d’un événement de la vie vers un autre, mais elle est souvent liée à la douleur, à la mort ou à la mort totale et à la résurrection, c’est-à-dire au retour à la vie par Dieu, dans une nouvelle réalité Toute la vie de l’homme a une dimension pascale, ce qui signifie qu’il essaie constamment de «passer» d’attachements désordonnés et pécheurs vers une vie dans la grâce de Dieu, et qu’il est dans une lutte constante entre la réalisation du dessein de Dieu pour sa vie et la réali-

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